« Nous privilégions la santé des plantes et des sols », une priorité affirmée sur le terrain

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À Boitron, dans l’Orne, une ferme avance à contre-courant, mais avec une idée très simple en tête. La santé des plantes et des sols passe avant le reste, et cela change beaucoup de choses sur le terrain.

Une ferme qui cherche l’équilibre avant le rendement

Frédéric Loison s’est installé en 2013 hors cadre familial. Aujourd’hui, il cultive 126 hectares et engraisse une centaine de taurillons par an. Son approche n’est pas théorique. Elle se voit dans les champs, dans les choix de cultures et dans la manière de limiter le travail du sol.

Avec Claire-Marie Gasnier, sa compagne et salariée de la Ferme Ô Vaux, il défend une logique agroécologique. L’idée est claire. Couvrir le sol, le déranger moins, et garder la vie du sol active. Ce sont des mots simples, mais sur une ferme, ils changent vite la donne.

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Moins de travail du sol, plus d’adaptation

Depuis 2013, la ferme pratique le semis simplifié. Selon les parcelles, les techniques varient. Parfois, un labour superficiel suffit. Parfois, le semis direct est possible. Cette souplesse est essentielle, car les sols ne se ressemblent pas. Il y a de l’argilo-calcaire ici, des limons profonds là. Impossible de traiter tout le monde de la même façon.

La météo compte aussi. L’exploitation reçoit en moyenne 900 à 1 000 mm de pluie par an. C’est une donnée importante. Avec autant d’eau, les cultures réagissent vite. Les choix techniques doivent donc rester précis, presque au cas par cas.

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Les macérations de plantes remplacent une partie des phytos

Le changement le plus marquant, c’est sans doute l’usage des macérations de plantes. Frédéric Loison les utilise depuis quatre ans. Le déclic est venu après des maux de tête ressentis lors de l’application de produits phytosanitaires. Il a alors voulu une alternative plus douce pour lui, pour sa famille et pour l’environnement.

La ferme a franchi le pas rapidement. Dès la première année, ces biostimulants ont été appliqués sur toutes les cultures. La stratégie n’exclut pas totalement les produits conventionnels si nécessaire. Mais l’objectif est de les remplacer autant que possible. Trois formules sont utilisées. Deux agissent contre les maladies. Une autre a des effets insecticides et acaricides.

Ces solutions contiennent notamment des extraits d’ail, d’écorce de saule, de prêle, d’ortie ou encore du chitosan issu des crustacés marins. Ce n’est pas magique. Il faut intervenir plus tôt. En général, huit à dix jours avant ce qui se ferait avec un produit classique. Mais le système séduit par sa souplesse.

Un geste plus simple au quotidien

Il y a aussi un aspect très concret. Les bidons ont laissé place à des cuves de 1 000 litres et à une pompe équipée d’un volucompteur. Le remplissage du pulvérisateur est plus simple. Les manipulations sont réduites. Et dans une période où la réglementation sur les phytos se complique, ce n’est pas un détail.

Frédéric Loison insiste aussi sur un point rassurant. Les enfants peuvent venir avec lui lors des applications de macérations. C’est un symbole fort. Quand une pratique paraît plus sûre et plus simple à vivre, elle s’installe plus facilement dans le quotidien.

Des résultats visibles sur les IFT

Le changement le plus parlant se lit dans les IFT, les indicateurs de fréquence de traitement. Sur colza, il est passé de 9,22 en 2021 à 3,65 en 2024. Sur blé, la baisse va de 6,18 à 2,98. Sur orges, de 5,96 à 3,67. Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

La ferme n’a pas pu comparer ses résultats économiques de manière nette, à cause de plusieurs accidents climatiques. Mais un constat ressort malgré tout. Les rendements restent proches de ceux des voisins. Et cela compte beaucoup quand on cherche à changer sans fragiliser l’exploitation.

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Moins d’azote, mais davantage de réflexion

Frédéric Loison a aussi revu ses apports d’azote. Là où le plan de fumure recommandait environ 180 unités, il est aujourd’hui à 150 unités en moyenne. Il a abandonné le N-tester. Selon lui, les outils de conseil poussent souvent à fertiliser trop, donc à dépenser trop. Et parfois au détriment de la santé des plantes.

Il explore désormais d’autres pistes. Le trèfle blanc nain pourrait être semé après la moisson des orges. Puis le blé serait implanté sous couvert. L’idée est simple. Nourrir le sol autrement, tout en gardant un bon niveau de production.

Une rotation qui s’est enrichie avec la transformation

Depuis deux ans, Claire-Marie Gasnier a développé une activité de transformation et de vente de légumineuses, farines et huiles. Les produits partent en vente directe à la ferme, sur les foires, chez des revendeurs, mais aussi dans des boulangeries et des biscuiteries. Cette diversification a changé la rotation et lui donne plus de souplesse.

L’assolement 2026 montre bien cette évolution. On y trouve 41 hectares de blé, 20,5 hectares de colza, autant d’orges, 19 hectares de maïs grain et ensilage, ainsi qu’une dizaine d’hectares de prairies. S’ajoutent aussi 6,5 hectares de sarrasin, 3,6 hectares de lentilles roses et 3 hectares de tournesol cette année. C’est plus varié. Et souvent plus résilient.

Des couverts pensés pour nourrir le sol

La ferme limite aussi ses charges en réutilisant ses propres semences pour tous les couverts. Les mélanges sont faits avec des cultures de l’exploitation. Pois chiche, lentille, colza, sarrasin, tournesol et maïs composent ces couverts. Ce choix réduit les achats et garde une logique cohérente avec le reste du système.

Une partie des semences certifiées achetées en blé, orge et maïs est aussi multipliée puis réutilisée après un traitement à base de macérations de plantes. Là encore, l’idée n’est pas de faire compliqué. C’est de garder de la marge, de la souplesse et une ferme plus autonome.

Une vision simple, mais exigeante

Frédéric Loison le dit sans détour. Les biostimulants ne font pas forcément économiser de l’argent à court terme. En revanche, ils peuvent apporter des gains plus tard, si la biodiversité et la vie du sol sont mieux préservées. C’est une logique de long terme. Pas toujours la plus rapide, mais souvent la plus solide.

Dans un contexte de hausse des engrais et de pression réglementaire, cette approche attire l’attention. La santé des plantes et des sols n’est pas un slogan ici. C’est une façon de travailler, au quotidien, avec les contraintes du terrain. Et c’est peut-être ce qui rend cette ferme si intéressante à observer.

Des pistes encore à venir

Le seigle fait aussi partie des réflexions. Sa demande en farine en vente directe pourrait ouvrir une nouvelle place dans la rotation. Ses propriétés allélopathiques, comme celles du sarrasin, peuvent aider à limiter les adventices entre deux céréales. Là encore, le choix ne repose pas seulement sur le rendement. Il repose sur l’ensemble du système.

À la Ferme Ô Vaux, chaque décision semble répondre à la même question. Comment produire, vendre et avancer tout en gardant le sol vivant ? C’est une vraie ligne de conduite. Et sur le terrain, elle prend forme, parcelle après parcelle.

Marine Giraud
Marine Giraud

Je suis journaliste culinaire et critique gastronomique depuis plus de 12 ans. Diplômée de l’Institut Paul Bocuse et passée par les cuisines de bistrots parisiens puis de maisons étoilées à Lyon et Barcelone, j’ai développé une expertise mêlant terroir français et influences voyageuses. J’ai collaboré avec plusieurs guides et magazines spécialisés en gastronomie et art de vivre. Ma spécialité : raconter les assiettes à travers les producteurs, les lieux et les gestes du quotidien à la maison comme au restaurant. J’écris pour partager des repères fiables et donner envie de cuisiner et voyager avec curiosité.

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