La vigne a pris de l’avance sur les vignerons et les champignons, voici pourquoi

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La vigne avance vite. Très vite. Dans les coteaux angevins, elle a déjà pris une longueur d’avance sur les vignerons, et même sur les champignons. Résultat, tout le monde court derrière un printemps qui ne ressemble à rien de normal.

Un vignoble en avance, presque en urgence

Cette année, le vignoble d’Anjou joue les sprinteurs. Certains parlent déjà de vendanges de vins de base dans la première quinzaine d’août. Oui, vous avez bien lu. C’est le genre de scénario qui surprend même les professionnels les plus habitués aux saisons capricieuses.

Selon Thomas Chassaing, conseiller à l’Association technique viticole du Maine-et-Loire, la situation est « complètement hors-norme ». La vigne a gardé encore une bonne semaine d’avance sur un millésime 2025 déjà décrit comme très précoce. Pour les vignerons, cela change tout. Il faut observer plus vite, décider plus vite, agir plus vite.

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Pourquoi la vigne pousse si fort cette année

Le début de saison a été marqué par des pluies de sortie d’hiver, puis par une météo qui a basculé. Les sols ont fini par sécher, et la vigne a profité de chaque fenêtre de chaleur. Elle a aussi trouvé des conditions très favorables à sa reprise de croissance.

Le retour d’un peu de fraîcheur et un vent d’Est persistant ont freiné l’élan, mais sans vraiment casser la dynamique. Les chenins les plus précoces sont déjà au stade « 7-8 feuilles étalées » ou « boutons floraux agglomérés ». Pour un œil non averti, cela peut sembler technique. En réalité, cela veut surtout dire que la vigne avance vite vers des étapes clés.

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Les vignerons, eux, n’ont pas eu de répit

Pendant que la vigne filait, les vignerons restaient bloqués par l’humidité. Certains terminent à peine le pliage. D’autres rattrapent enfin le travail des sols, maintenant que les parcelles ont séché. C’est un peu comme essayer de réparer une maison pendant qu’il pleut encore sur le toit.

Thomas Chassaing insiste sur un point simple. Il faut commencer l’ébourgeonnage sans tarder. Les priorités sont claires : les plantiers, les jeunes vignes et les vignes gelées entre le 15 et le 17 mars. Ensuite seulement viennent les sorties de pampres massives sur chenin. Le temps joue contre eux, et chaque jour compte.

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Le gel a marqué certaines parcelles, mais pas tout le vignoble

Au 30 mars, l’ATV49 avait recensé entre 2 % et 40 % de bourgeons gelés sur 9 des 31 parcelles observées. Une nouvelle baisse des températures a encore frappé le 14 avril. Cela donne une idée du stress vécu par les exploitations, surtout celles qui ont déjà dépensé beaucoup pour protéger leurs vignes.

Pour l’instant, l’impact global sur la production en Anjou ne devrait pas être trop lourd, estime Pierre-Antoine Pinet. Mais une autre inquiétude monte. Elle touche la trésorerie des exploitations. Protéger contre le gel coûte cher. Quand le résultat n’est pas au rendez-vous, la pression financière devient très concrète.

Bonne nouvelle sur le plan sanitaire

Au milieu de cette avance spectaculaire, il y a au moins un motif de soulagement. Sur le plan sanitaire, la situation reste calme. Très calme même. Thomas Chassaing parle d’une pression phyto au niveau zéro.

Des symptômes d’excoriose ont été observés sur 8 % des parcelles du réseau du Bulletin de santé du végétal. En moyenne, 8 % des ceps sont touchés. Mais la plupart des parcelles ont désormais dépassé le stade de sensibilité de 2-3 feuilles étalées. Autrement dit, le risque diminue à mesure que la vigne avance.

Oïdium et mildiou restent sous surveillance

La vigne précoce atteint peu à peu le stade de sensibilité à l’oïdium. Pourtant, l’absence totale de rosée le matin a évité un traitement pour le moment. C’est un détail qui compte énormément. Parfois, une simple humidité au lever du jour suffit à changer toute une stratégie sanitaire.

Si la pluie annoncée se confirme le 29 avril, la situation pourrait évoluer. La protection pourra alors être commencée ou renouvelée sur les parcelles à 7-8 feuilles étalées. Le mildiou, lui, reste encore loin. Les modèles indiquent qu’il faudrait au moins 15 mm de pluie pour déclencher de premières contaminations. Pour l’instant, les vignerons sont tranquilles de ce côté-là.

Ce que cette avance change vraiment pour les prochains jours

Ce décalage entre la vigne et le calendrier habituel oblige à rester en alerte permanente. Il ne suffit plus de suivre le rythme habituel du printemps. Il faut anticiper, vérifier chaque parcelle, et adapter les interventions presque en temps réel.

Dans un vignoble, l’avance peut vite devenir un piège. Une croissance trop rapide, une fenêtre météo qui se referme, un épisode de pluie au mauvais moment, et tout bascule. C’est pour cela que les professionnels parlent d’une année hors-norme. Pas seulement parce que la vigne pousse vite. Parce que tout s’enchaîne plus tôt, plus fort, plus vite que prévu.

En Anjou, le message est clair. La vigne n’attend personne. Et cette saison, encore moins.

Marine Giraud
Marine Giraud

Je suis journaliste culinaire et critique gastronomique depuis plus de 12 ans. Diplômée de l’Institut Paul Bocuse et passée par les cuisines de bistrots parisiens puis de maisons étoilées à Lyon et Barcelone, j’ai développé une expertise mêlant terroir français et influences voyageuses. J’ai collaboré avec plusieurs guides et magazines spécialisés en gastronomie et art de vivre. Ma spécialité : raconter les assiettes à travers les producteurs, les lieux et les gestes du quotidien à la maison comme au restaurant. J’écris pour partager des repères fiables et donner envie de cuisiner et voyager avec curiosité.

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