Un gain de 2,5 porcelets sevrés par portée en trois ans : ce que révèle vraiment cette progression

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Un écart de 2,5 porcelets sevrés par portée peut sembler discret. En réalité, c’est un vrai basculement dans un élevage. Et quand on regarde le parcours de Gurvan Philippe, on comprend vite que cette progression ne doit rien au hasard.

Une hausse qui change tout, bien au-delà des chiffres

En 2025, l’élevage affiche 17,59 nés totaux et 14,74 sevrés par portée. Trois ans plus tôt, les résultats tournaient autour de 16 nés totaux et 12,20 sevrés. La différence est nette. Elle raconte surtout une remise en mouvement après une période où le système avançait, mais sans vraiment progresser.

Cette évolution dépasse la simple performance technique. Elle touche la rentabilité, l’organisation du travail et même la motivation de l’éleveur. Quand chaque portée compte, chaque détail finit par peser lourd.

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Au départ, un élevage solide mais un peu bloqué

Gurvan Philippe s’est installé en 2017 avec son père à Plomodiern, dans le Finistère. L’exploitation comptait alors 120 truies et 90 hectares. Depuis, elle est montée à 200 truies, avec 800 places d’engraissement et un silo tour pour gagner en autonomie alimentaire.

Le projet a toujours reposé sur une idée simple. Les cultures et l’élevage doivent rester cohérents. Ce choix prend du temps. Il demande aussi de saisir les bonnes opportunités, comme la reprise de 60 hectares de foncier qui a permis d’aller plus loin sans déséquilibrer l’ensemble.

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Le vrai déclic est venu après l’accident

En juillet 2019, un grave accident du travail bouleverse tout. Gurvan doit être amputé du pied droit. Derrière cette épreuve, il y a aussi un moment de pause forcée. Et parfois, c’est exactement ce qu’il faut pour voir clair.

Pendant ses six mois d’arrêt, il se replonge dans les chiffres. Il constate que la qualité des porcelets est bonne, mais que le nombre et l’indice de consommation ne suivent pas. Ce regard plus froid, plus lucide, change la suite.

Jusque-là, l’élevage vivait surtout au quotidien. Le suivi technique de troupeau était fait, mais la gestion technico-économique restait de côté. Trop chronophage, trop exigeante, trop facile à remettre à plus tard. Et pourtant, c’est souvent là que les vraies marges se cachent.

Comparer, puis corriger, a tout changé

En participant aux réunions techniques d’Evel’Up, Gurvan compare ses résultats à ceux de ses collègues. Le constat est clair. D’autres font mieux. Pas sur un point isolé, mais sur plusieurs leviers à la fois. À ce moment-là, il n’y a plus d’excuse qui tienne.

Cette remise en question devient un moteur. La reprise de la GTE permet de suivre les stocks, les quantités d’aliments, les prix et les écarts réels. Bref, de piloter au lieu de subir.

Le message est simple : un élevage n’avance pas seulement avec du travail. Il avance avec des décisions prises à partir de faits.

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Trois leviers ont fait la différence

Le premier changement concerne la génétique. En avril 2022, le troupeau passe en truies Topigs, plus productives. En parallèle, l’élevage adopte une conduite en cinq bandes. Ce fonctionnement rééquilibre le rang moyen par portée entre les bandes et rend l’ensemble plus régulier.

Le troupeau est aussi rajeuni. Cela réduit les pertes et permet de mieux maîtriser les réformes. Gurvan ne subit plus les choix de dernière minute. Il reprend la main.

Le deuxième levier est l’alimentation. Les cochettes sont pesées individuellement à plusieurs étapes. Sortie de quarantaine, insémination, entrée en maternité. À chaque fois, un objectif de poids guide les ajustements.

Deux formules alimentaires ont été mises en place en quarantaine, une pour l’été et une pour l’hiver. En maternité, trois aliments sont utilisés : gestante, allaitante 1 et allaitante 2. L’idée est de démarrer la lactation dans de bonnes conditions tout en protégeant le système digestif.

Le confort en maternité n’a rien d’un détail

Le troisième levier touche à l’ambiance des bâtiments. Un problème semblait venir d’une salle vieillissante. En réalité, le vrai souci était ailleurs. Le réglage de la ventilation a suffi à résoudre la situation.

C’est un bon rappel. Quand une maternité va mal, il ne faut pas toujours accuser le bâtiment. Parfois, un réglage précis, un contrôle plus fin ou un meilleur brassage des fosses font une vraie différence.

Le protocole vaccinal a lui aussi été revu avec le vétérinaire et le technicien porcin. Le lundi matin est désormais dédié à ce suivi. Ce genre de rendez-vous régulier paraît simple. En fait, il sécurise tout le reste.

Des résultats visibles et durables

Les effets sont arrivés vite. L’élevage passe à 13,96 sevrés par portée en 2024, puis à 14,74 en 2025. Le taux de pertes sur nés vifs baisse de 3,7 %. Ce n’est pas juste une belle courbe. C’est la preuve qu’un ensemble cohérent finit par produire un vrai changement.

Le plus frappant, c’est la dynamique créée. Quand le naissage s’améliore et que le sanitaire est mieux tenu, tous les autres stades suivent. Les porcelets démarrent mieux. Les bandes sont plus homogènes. Le travail devient plus lisible.

Dans un élevage, les progrès les plus forts viennent souvent d’une somme de petits ajustements. Une pesée de plus. Un aliment mieux adapté. Une ventilation mieux réglée. Un suivi plus rigoureux.

Ce que cette progression révèle vraiment

Cette histoire montre qu’un bon élevage n’est jamais figé. Même avec des bases solides, il reste toujours des points à reprendre. Le plus dur n’est pas de travailler. C’est de prendre le temps de regarder autrement ce qui se passe déjà.

Gurvan Philippe l’a fait après une période très dure. Et ce changement de regard a transformé son élevage. Son cas rappelle une chose essentielle. Les chiffres ne servent pas seulement à faire un bilan. Ils peuvent aussi ouvrir une porte.

La suite s’annonce logique. Continuer à progresser, sans se contenter du bon résultat actuel. C’est souvent là que les élevages les plus solides se distinguent des autres.

Marine Giraud
Marine Giraud

Je suis journaliste culinaire et critique gastronomique depuis plus de 12 ans. Diplômée de l’Institut Paul Bocuse et passée par les cuisines de bistrots parisiens puis de maisons étoilées à Lyon et Barcelone, j’ai développé une expertise mêlant terroir français et influences voyageuses. J’ai collaboré avec plusieurs guides et magazines spécialisés en gastronomie et art de vivre. Ma spécialité : raconter les assiettes à travers les producteurs, les lieux et les gestes du quotidien à la maison comme au restaurant. J’écris pour partager des repères fiables et donner envie de cuisiner et voyager avec curiosité.

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